vendredi 19 décembre 2008
Sont-ce là des passions tristes ?
Par M. Panda, vendredi 19 décembre 2008 à 00:52 :: General
Il fait un peu froid, dans mon appartement. Il fait un peu froid ailleurs, aussi, dehors, et l'hiver se traîne humide comme une serpillère, gris aussi, presque aussi sale. Je rentre de Bruxelles, et je rentre de Béthune, et je me sens étrangement vidé, les factures sous les yeux (il faut bien nous payer), le compte en banque pas garni (il faudrait nous payer), l'attention désinvolte. A regarder mes chaussures, et espérer que les lacets se dénouent, à attendre le miracle, la science fiction, l'enchantement des souliers, mais non, rien, non. Merlin qui repassera.
Alors Esther me dit, repose-toi, repose-toi. Soit. Je dors beaucoup, mais ça ne passe pas. Je me réveille, ça ne passe pas. Une colère bizarre, comme une vibration sourde, dessous. Aujourd'hui, j'ai dit à Ludovic que je souhaitais frapper des têtes, avec mon poing. Mais c'est moi ça ? C'est quoi cette lubie ? Je reste un vrai gentil, hein ? Ou quoi ?
Sur Rue 89, ce soir, ils diffusent des films pris au téléphone portable, à Fleury. On voit donc Fleury, c'est une maison d'arrêt, je crois, pas un centre de détention, mais je ne sais plus. C'est sale, pire que sale, même pire qu'abject. Des bouteilles, des détritus, un ballon de foot, tout ça qui jonche les douches. La moisissure sombre sur les murs. Un filet d'eau qui s'écoule. Des réchauds enflammés posés sur des canettes. Et on te rappelle : trois douches par semaine.
Tout à l'heure, derrière moi dans le bus, une voyageuse s'étranglait en confiant le salaire de son boss, à l'ambassade de France à Pointe-Noire (15 000 euros par mois, hurlait-elle dans le 96). Elle prédisait que bientôt les gens n'en pourraient plus. Que c'est pour ça que "Sarko" reculait sur ces réformes. Que bientôt la majorité (la vraie, celle des gens) exploserait. C'est vrai : confusément, on sent cette majorité se construire. On la voit monter, comme une marée. Le peuple qui vient. Je lis sur Rue 89 que les policiers interdisent désormais que la presse les prenne en photo. Je lis dans le Canard que les gardes à vue se multiplient, pour outrage ou rébellion. Le Président de France Télévisions sera nommé par l'Elysée. La lune pleine et haute la mer, les vagues déferlant et soudain quelque chose comme des poings, nombreux, et serrés comme ils ne le pourraient pas. Alors, certes, je relis Vineland (pas certain que les dorures des collines de Californie fassent de si bon remparts, car même la tête dans le sable - et rien ne vaut Pynchon - la rumeur s'infiltre). Mais tu te demandes : tu fais quoi ?
Quand on est rentré de Béthune, lundi, la brume recouvrait le pays. Sur 220 kilomètres, rien n'existait, hors l'autoroute, et nous, à quatre, confinés dans le véhicule, nous roulions en parlant. Tout autour, il n'y avait rien, que le brouillard.