Octobre, acné, Sokourov
Par M. Panda, dimanche 5 octobre 2008 à 19:15 :: General :: #138 :: rss
Un week-end à Paris.

L'intérieur de la maison, du bon côté des vitres, lumières chaudes ; en dehors, l'immeuble à gauche est rouge brique, le ciel gris, mouvant, les nuages glissent sur deux trois percées de violet. Au loin le Sacré Cœur, le vrai palais du mauvais temps. Ben ouais, c'est l'automne qui s'installe, avec son gros cul froid et sa traîne de grisaille et de vent. Pas très crédible. Quand je pense que certains lui consacrent un bouquin (c'est la plus belle saison, loin de la fadeur des printemps, bla bla bla). C'est ça, c'est ça, les artistes désespérément romantiques, qui imaginent que la tristesse aimante fatalement la beauté, moi je dis bof.
Hasard ou conséquence directe du surgissement d'octobre, j'ai des boutons sur le visage, revivant une acné dont j'avais cru me débarrasser à l'aube de mes 18 ans. Pas contente, revancharde, la voilà de retour (en même temps que l'automne, la saison n'est pas clémente), épanouie et qui s'installe tout autour de la bouche. Sur Internet, ils indiquent que ce type d'acné est la première étape de la couperose. Moi qui ne bois déjà (presque) jamais (comme un trou), il va me falloir rapidement restreindre mon alcoolisme de débutant. Ou me badigeonner de fond de teint (et donc hélas raser cette nouvelle barbe dont je suis si fier, ce qui est hors de question, il faut voir comment les filles m'adressent beaucoup plus spontanément la parole à la Ménagerie de Verre par exemple, et c'est une satisfaction narcissique à laquelle je ne souhaite pas renoncer).
Lueur positive de ce samedi dimanche : mon ami Larry était en visite de Bruxelles. Il ne parle toujours que l'anglais (c'était bien la peine d'étudier à Berkeley et d'y animer le parti communiste local, l'internationale ne parlera donc que la langue de Wall Street), mais apprendre le français se place en deuxième position sur sa liste de priorités. Juste après quoi ? Juste après les séances d'entraînement avec son coach dans sa salle de sport. C'est confondant, cette uniformisation des modes de vie, lui, moi, notre gym, nous, les pédés gaucho-consuméristes (mais, quand même, je parle l'anglais). Larry m'a présenté son ami Eliott, 80 ans, qui a dîné un soir avec Pasolini (ce dernier lui réclamant avec insistance pendant le repas où sont les garçons ?, et Eliott le conduisant à travers tous les lieux de drague de Paris, une soirée qu'il se remémore comme très agréable). Son taf, c'est le ciné, programmateur d'une partie des rendez-vous de la BAM à New York, et critique Movies du Village Voice. On parle de Wolfkers (ça s'écrit comme ça ?) au Théâtre de la Ville, mais il ne pourra pas y assister, c'est dommage, il part demain, il regrette, mais tant pis. Il marche tout doucement, 80 ans, à 80 ans, lui ressembler, ce serait pas mal, 80 ans, dégager cette puissante aura d'intelligence. On a parlé, quelques noms, Bernadette Lafont, Bulle Ogier, La Bataille d'Alger, la plupart des citations hors de portée de ma pseudo-érudition. Je crois que Larry a raté son train retour pour Bruxelles.
Le vent se calme un peu dehors. Le bambou de la terrasse s'agite plus doucement. Octobre.
La note théâtrale ? Oui, Wolfskers, au Théâtre de la Ville, c'était très bien. Maîtrisé de bout en bout, intelligent, ouvert, sans didactisme, visuellement et musicalement impeccable. Ce que j'ai vu de mieux depuis belle lurette au théâtre. Je commençais à perdre confiance, aussi.
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