Blog Franchement-tu

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi 20 septembre 2006

Dans le dos

Bon, ça y est : c'est terminé. C'est J+4, et toutes ces angoisses et ces expectactives retombent, doucement, on les observerait presque à l'oeil nu, leur lente suspension avant l'immobilité. J'ai beaucoup de mal à me remettre activement au travail. La charge de travail qui nous incombe est énorme, et, pourtant, l'énergie pour tout ça est bien dissimulée. Je me lève tôt, je pars à la boulangerie acheter du pain, je bois mon bol de café, et puis je tombe dans une sorte de torpeur, combinée avec une méchante mauvaise conscience - mais tu travailles, oui ?

Première obligation : retrouver un job, un vrai, en tout cas suffisamment réel pour qu'il se conclue tous les 31 du mois par un chèque à trois chiffres (au moins). Prendre un huitième rendez-vous avec l'ANPE pour conclure ces Contrats d'Accompagnement à l'Emploi. Allez, allez.

Deuxième obligation : serrer les dents, et rappeler tous ceux qui sont venus voir Myra, la bouche en coeur, le coeur en bandoulière, la bandoulière nulle part, pour évoquer le spectacle. Les réactions sont pour l'instant globalement positives (on touche du bois). Mais évidemment, c'est du global : parce qu'entre les gens qu'on aime qui nous disent trouver l'adaptation brillante, et ceux qu'on aime aussi qui nous reprochent de nous intéresser à un texte sans intérêt, on balance un peu. Le "j'aime, j'aime pas" est un vrai cul-de-sac. Reste que certaines remarques sont vraiment intéressantes (Anne-Françoise, soyez remerciée), et élargissent notre horizon. Cette version de Myra, réchauffée en deux fois cinq jours après un an de silence (pour une reprise de rôle, une création lumière, une création vidéo et tous les raccords, c'est pas si mal), on le sait bien qu'elle est encore inaboutie - on en a conscience, et on a désormais juste envie de la peaufiner.

Quelque chose d'étrange sur le spectacle : j'ai pas l'impression d'avoir fait un spectacle pédé, et pourtant, il faut bien constater que Myra marche beaucoup beaucoup mieux avec les homos qu'avec les hétéros. Cette observation est on ne peut plus empirique, et ne pèse pas lourd en cacahuètes, mais quand même, ça me donne de quoi m'interroger.

Autrement, un dernier soulagement : je vais pouvoir repartir voir des spectacles le soir au théâtre - la saison reprend, et il y a deux trois trucs qui ont l'air bien croustichaud : Marthaller, Pommerat, ou la reprise du Quartett de Müller par Langhoff.

La vie recommence, il fait beau. Hosannah.

vendredi 15 septembre 2006

OK, dernière ligne droite

colère = action

Lire la suite

samedi 9 septembre 2006

La moitié

Les effets du lexomil devraient être mieux compris, ses bienfaits partagés. Je n'ai pour l'instant rien trouvé de mieux pour calmer les crises d'angoisse des premières (le zen ne marche pas).

Pas le moment avant, les deux heures pendant ; où la représentation t'échappe, et que tu te sens si impuissant quand tout ce que tu as préparé ne se déroule pas comme tu l'aurais souhaité. Tu le sais, c'est du théâtre, pas du cinéma - si tu souhaites des acteurs parfaits, passe à la caméra, et refais quinze fois la prise. Ici c'est du longshot.

Première avant-hier, pas assez bonne que ce que j'aurais aimé, un timing d'escargot, et une première partie qui devrait être un feu d'artifice et qui s'affaise mouillée sans un bruit dans une mare verdâtre. Les grenouilles coassent autour, satisfaites, pas moi. Mais la deuxième, hier, a été un rêve de fluidité : protéiforme et subtile, et puissante aussi. Quel plaisir.

J'enchaîne les acteurs pour trois filages techniques mardi, mercredi et jeudi - Esther Silber succède à Bruno pour la régie, il a une autre première pour le 15 et le 16, et on l'aide à nous secourir. Du travail, encore, mais cette satisfaction à fixer quelque chose qui nous ressemble : ce bonheur à contruire notre monde joyeux, stable et solide.

jeudi 7 septembre 2006

les cinq heures de silence

Il est treize vingt trois, on joue à vingt heure trente, ca fait donc cinq heures, un peu plus, qui nous séparent.

Je me rappelle : quand j'étais petit, je voulais avancer le temps, qu'il s'accélère, pour avoir la sensation d'avoir vécu sans passer par la case du vivre. Je ne sais pas pourquoi ces idées d'enfant reviennent, c'est assez mystérieux : on pense toujours aux enfants pleins de vie, et je crois que j'étais assez vivant, aussi, mais pour le coup, je souhaitais que le temps s'accélère - un saut, un enjambement indolore. Quelque chose de finalement déjà très petit bourgeois chez un enfant de huit ans : le tourisme facile de sa propre vie.

C'est un peu la même chose, maintenant : des réminiscences qui affleurent - on joue dans cinq heures, et c'est une grande plage blanche que je vois s'étendre devant moi. Pourtant pas que le travail manque - il y en aura. Mais cette sérénité, ce détachement qui se dépose, ici, là, pas loin : l'oeil du cyclone, où tout est si calme, au milieu de la tempête alentours.

On serait bien idiot de s'inquiéter : qu'est-ce que c'est, ça, du théâtre ? Pas grand chose. Ca n'intéresse presque personne, et il y a quelque chose de délicieusement décadent à penser que l'on peut encore en faire - alors que c'est si peu rentable, à tous les points de vue. Et pourtant, il y a tellement de soi qui y est offert, et cette grande plage blanche, gelée et tranquille, n'est sans doute que l'anesthésie protectrice qu'on s'offre sans le savoir.

Je n'ai pas peur. J'ai peur. En même temps, les deux, c'est le trac, c'est commun, c'est une vieille peur de ne pas être aimé, et c'est tellement bête, c'est tellement rabattu. C'est très commun : tu vis un truc très commun. Depuis une semaine, parce que j'ai une mémoire de merde et que je ne me rappelle qu'à court terme, je garde en tête le dernier bouquin que j'ai lu, que j'avais acheté aux Etats- Unis, A million pieces, de James Frey. Il cite le tao, de temps en temps, et je cite le tao aussi, à moi-même, à voix tue. Le but, c'est le chemin. Le but, c'est le chemin.