samedi 29 juillet 2006
This is the end.
Par M. Panda, samedi 29 juillet 2006 à 21:00 :: New-York

L'aventure Bard College est bientôt terminée. Assis sur un matelas qui sent la chaussette sale (c'est le seul endroit ici où je peux capter les signaux Wifi du campus), je me sens bien engourdi. Ce matin, au cours d'une rivière plastique, je suis retombé à plats pieds, et depuis, je boîte. Malin. C'est le risque des rivières plastiques : tu perds parfois le contrôle. Mais c'est assez passionnant, et mérite qu'on s'y entraîne. Le concept est simple : tu as à ta disposition un vocabulaire d'isolations plastiques, c'est à dire de mouvements que tu fais à partir de tes articulations (coudes, hanches, doigts, etc.), et que tu amplifies. Tu répètes un mouvement précis et tu attends que quelque chose se passe. Des fois, rien, du vide, la page blanche, vierge, et toi comme un imbécile, à attendre, et rien. Et des fois, une ombre qui remonte à la surface. Puis une émotion qui sourde, des images se solidifient, un environnement s'étend autour de toi. Tu joues avec. Et il se transforme. Ton corps change aussi. Tu remontes des choses du fond de toi ; tu ne savais pas qu'elles s'y trouvaient. Et, vite fait bien fait, ta rivière t'emmène loin. En l'occurence, tu bondis comme un crapaud : tu as quatre ans et tu viens de découvrir un nouveau jeu très amusant. Le moment crucial, c'est quand tu retombes sur tes deux pieds, et que tu réalises que tu t'es fait mal.
Et donc je boîte, et c'était le dernier cours avec Sharon, et le dernier cours aussi avec Ruth, et ne reste plus que ce spectacle tellement mauvais à partir de Peer Gynt qu'on doit reprendre ce soir. Bref : c'est pas la joie. Je suis seul dans le dortoir, on n'entend rien d'autre que mes doigts qui tapent sur le clavier, des grillons dehors et un avion qui vrombit haut. Le chuchottement du vent, le souffle de la clim. Tous les autres sont ailleurs, loin, partis pour écouter des lectures de pièces contemporaines. Je reste ici, je passe pour l’associal de service. Tant pis, je m’en fous : ils pourront toujours mettre ça sur le compte de ma mauvaise maîtrise de la langue.
Je me prends à penser que j'ai hâte que se termine cette période bâtarde - est-ce que c'est terminé ? Est-ce que je peux partir ? Et où se trouve ma joie d’hier ? Après six mois à l'étranger, j'ai hâte de retrouver ceux que j'aime.

